
Voici un texte que j'ai trouvé sur les derniers instant du dragon ragnarok. C'est mélancolique mais j aime beaucoup donc je voulait vous le faire partager.... " Ma vie s'enfuit,mon règne s'achève et avec lui s'en ira le temps des rêves...J'aspire tant à retrouver ma douce Elfride.
Ragnarok bougea sur sa couche craquante,un tibia lui fouaillait les flancs ce qui était à son humble avis très désagréable,même pour un dragon dont les écailles épaisses pouvaient détourner la lance la plus acérée.Voici quelques jours,il avait été accueilli en grande pompe dans la cité de son ami,le roi Bungalor et déjeuné en sa compagnie de quelques savoureuses vaches rôties.Il en aurait bien grignoté quelques dizaines d'autre mais n avait pas voulu abuser...Ou peut-être était-ce il y a un siècle?Il se sentait repu mais n'avait pourtant pas souvenir d'être parti en chasse.Sa raison s'égarait de plus en plus souvent et le réalité naviguait de concert avec les echos du passé...Le plus douloureux était certainement de s'en rendre compte néanmoins,sa sagesse immémoriale faisait encore obstacle àcette folie qui lui rongeait l'âme comme un chancre malin.
Thörn Alguerion,à la tête de la troupe de guerriers,avançait en silence.Sa cité avait de nouveau subi les attaques d'un grand dragon,occasionnant des pertes innombrables et des dégâts considérables.Cela devait prendre fin et Baran Bhorou le treizième,son roi,lui avait ordonné de trouver la tanière du monstre,de le débusquer et d'en faire de la viande à busards.Ils avaient marché longtemps,mais voici deux nuits ses éclaireurs avaient repéré l entrée monumentale de ce qui semblait être un antre de dragon.En s'avançant dans l'énorme caverne,les relents de soufre et de charogne leur ôtèrent le moindre doute.Ses nains,de valeureux et solides gaillards avaient connu les boucheries innombrables des guerres Ophidiennes,les champs de bataille glacés de Tallaran dans la lointaine Borée,les incursions sanglantes contre sa cité des légions-suicides Bannenborg.Beaucoup étaient tombés au long des siècles passés,mais les fils avaient repris les armes de leur père et n'avaient jamais fait honte a leur mémoire...Il savait que le moment venu,ils feraient face a l'horreur.Raffermissant sa prise sur Tranchemenu la Fidèle,son énorme hache à double fer,il s'enfonça plus avant dans cet abîme obscur...
Ragnarok changea de nouveau de position et se dit que,décidément,son lit inconfortable au possible avait grand besoin d'une nouvelle couche de crânes! Il demanderait à ses deux fils Halvor et Balber de l'aider.Quelques centaines de têtes de ces orques malodorants feraient bien l'affaire... Mais avait-il jamais eu de descendance,il n'arrivait plus à s'en souvenir.Il avait veillé longtemps sa douce Elfride,de cela au moins, il était sûr,souffrant avec elle de ses accès de folie.Combien de fois il avait subi ses attaques,aussi violentes que soudaines,en évitant de la blesser alors qu'il sentait les crocs de sa compagne lui déchirer les flancs.IL dressa son immense cou et cracha un feu d'enfer qui illumina le fond de la caverne.Dans la lueur des flammes,il distingua les restes du squelette d'un grand dragon.Son aimée était bien là qui reposait en paix,mais il se haïssait de ne plus se rappeler ce jour funeste où il l'avait accompagnée dans la délivrance de la mort...
En voyant loin devant eux le fond de la caverne s'illuminer,Thörn Alguerion leva sa hache et intima à ses hommes l'ordre de s'arrêter.La bête était bien dans le nid!La troupe se remit en marche,dans le plus grand silence.Le grand dragon,percevant du bruit provenant de l entrée de son antre,redressa la tête.Sa chère Elfride s'en revenait enfin,mais alors qu'il pensait cela,il maudit dans le même temps cette folie qui gangrenait sa perception de la réalité.Il savait confusément que ça ne pouvait être elle.
Son oeil aiguisé scruta l'obscur et discerna les mouvements feutrés de ce qui s emblait être un groupe d'hommes.Il lutta âprement contre la furieuse envie de détruire qu'il sentait gronder en lui.Cette existence pitoyable valait-elle à ce point qu'il lutte encore pour la défendre?Il savait,avec le peu de lucidité qu'il lui restait, que les hommes qui s'en venaient chariaient un fardeau de haine et de rancoeur,bien plus lourd que tout le poids des armes qu'ils ne pourraient jamais transporter.Le peu de sagesse que recelait encore sa raison lui disait qu'il avait sans doute un vol de trop.Sa plus grande tristesse serait sûrement de ne plus pouvoir chevaucher les vents et voler sans but,au-dessus des terre verdoyantes de Dorne,libre en communion parfaite avec l infini.
Thörn Alguerion s'avança avec prudence vers l'incroyable masse mais s'arrête net,pétrifié d'horreur,en constatant que le dragon le suivaitdu coin de l'oeil.Ragnarok observait le nain non sans une pointe d'amusement,en se disant qu'une aussi petite chose aurait bien du mal à porter le poids immense de la gloire d'avoir tué le dernier des grands dragon.Il sentait la folie revenir lécher en vagues de sang les rives tranquilles de sa raison.L'instinct de la bête prenait le dessus.L'animal en lui s'éveillait et voulait encore vivre.dans un rugissement féroce,il força son corps à se soulever et présenta son flanc à la hache de Thörn.L'attitude de la bête était incompréhensible et le guerrier nain raffermit sa poigne sur son arme mais ne bougea pas.Les rangs s'était resserrés et les grandes lances pointaient leur fer vers le dragon.La bête magnifique se dressa et reçus un flot de javelines.Il ne cracha pas son feu comme l'on pouvait s'y attendre,mais pencha la tête et regarda intensément le nain solitaire qui se dressait bravement devant lui.L'instinct du guerrier prit le dessus et Thörn lança Trenchemenu qui alla se ficher dans le corps de la bête.
Un guerrier lui lança une autre hache et Thörn s'avança vers le monstre qui s'était couché .Quand il frappa de nouveau,la bête accusa le coup mais ne réagit pas davantage.Le guerrier nain arrêta alors son geste.Dans le brasier de cette immense prunelle,il ne lisait nulle haine,nulle peur,juste une supplique comme une attente...Il regarda longtemps dans l'oeil de la bête.Les hommes,mal à l'aise,observait leur capitaine revenir vers eux et se saisir d'une lance.Voyant l'indicible espoir qui brillait dans les flammes dansantes de l'orbe doré,il s'arcbouta sur la longue hampe et l'enfonça dans le coeur du grand dragon.La bête laissa échapper un dernier soupir et mourut...Thörn Alguerion,capitaine de la garde royale,victorieux sur plus de cent champs de bataille et sans nul doute l'un des plus grands guerriers de la civilisation naine,retira avec le plus grand respect sa fidèle hache du corps sans vie de Ragnarok,le dernier des Seigneurs de Dorne,puis fit trois pas en arrière et,tête baissée,mit un genou à terre.Ses hommes,muets de surprise,restèrent un instant indécis et dans un ensemble parfait,suivirent l'exemple de leur chef...
La roche sombre de la caverne s'effritait ,s'ouvrant sur l'immensité bleutée du ciel.Loin au-dessus de lui,Ragnarok apercevait sa superbe Elfride qui planait dans l'azur infini,ses écailles luisaient doucement au chaud soleil d'été........"
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L'univers des dragons, tome 1)